Douleurs à l’intérieur du coude : épitrochléite, nerf ulnaire ou bursite, comment s’y retrouver
Une douleur sur la face interne du coude, juste sous la bosse que l’on sent côté corps, vient le plus souvent d’une épitrochléite, aussi appelée tendinite médiale ou golfer’s elbow. Ce n’est pas la seule explication possible : le nerf ulnaire, la pointe du coude ou l’articulation elle-même peuvent aussi être en cause. Voici comment distinguer ces origines, quand agir et comment soulager la gêne.
Pourquoi la face interne du coude fait-elle mal ?
Une zone d’attache sous forte tension
Sur le versant interne du coude, l’humérus se termine par une saillie osseuse : l’épitrochlée. C’est là que s’insèrent les tendons fléchisseurs, ceux qui permettent de plier le poignet et les doigts et de tourner l’avant-bras paume vers le bas (la pronation). Chaque fois que l’on serre un outil, porte un sac ou tape au clavier avec le poignet fléchi, ces tendons tirent sur leur point d’ancrage. Quand la sollicitation dépasse leur capacité de récupération, ils s’abîment : on parle alors de tendinopathie.

Un carrefour où se croisent tendons, nerf et bourse
Le coude fonctionne comme une charnière : très mobile, mais condensée dans un espace réduit où plusieurs structures se partagent le passage. Juste derrière l’épitrochlée, le nerf ulnaire (ou cubital) circule dans une gouttière peu protégée, à fleur de peau. À la pointe du coude, l’olécrâne est recouvert d’une petite bourse qui amortit les appuis. Cette promiscuité explique un point que l’on oublie souvent : deux douleurs ressenties au même endroit peuvent venir de tissus différents. Un tendon irrité fait mal à la pression et à l’effort ; un nerf comprimé donne plutôt des décharges, des fourmillements et une gêne qui descend vers la main. Se demander quel tissu souffre, et pas seulement où ça fait mal, aide à orienter la consultation.
Reconnaître une épitrochléite
Les signes typiques
La douleur est localisée sur la face interne du coude, avec une sensibilité nette quand on appuie sur l’épitrochlée. Elle peut irradier dans l’avant-bras. Elle se réveille lors de la flexion du poignet ou des doigts, d’un serrage ou d’une pronation forcée, comme visser, essorer un linge ou lancer. À la longue, la force de préhension diminue : saisir un objet ou un outil devient pénible, et certains patients rapportent une douleur nocturne qui perturbe le sommeil.
Qui est concerné et pourquoi
Le golf donne son nom à la pathologie, mais il n’est pas seul en cause : musculation, gymnastique, sports de lancer, travail manuel et gestes répétitifs du poignet sont des déclencheurs fréquents. Une reprise d’activité trop brutale ou un nouveau poste de travail peuvent aussi suffire. Côté chiffres, l’Assurance Maladie indique que les TMS représentent 90 % des maladies professionnelles et que le coude intervient dans 23 % des cas, derrière l’épaule (37 %) et le poignet-doigts-main (31 %).
Épitrochléite ou autre cause : le comparatif
Le tableau ci-dessous donne des repères, sans remplacer un examen médical.
| Cause | Localisation | Indices typiques | Orientation |
|---|---|---|---|
| Épitrochléite | Face interne | Douleur à la pression, à la flexion du poignet, à la pronation | Médecin, kinésithérapeute |
| Épicondylite (tennis elbow) | Face externe | Douleur à l’extension du poignet, muscles extenseurs | Médecin, kinésithérapeute |
| Atteinte du nerf ulnaire | Face interne, trajet du nerf | Fourmillements, troubles de sensibilité, irradiation vers la main | Avis médical, parfois électromyogramme |
| Bursite olécrânienne | Pointe du coude | Gonflement visible, parfois chaleur | Avis médical, surtout si rougeur ou fièvre |
| Arthrose | Articulation entière | Raideur, perte de mobilité | Radiographie, avis médical |
| Fracture ou lésion ligamentaire | Variable | Choc ou chute, douleur vive, déformation ou impossibilité de bouger | Urgence |
Ne pas confondre les deux côtés
L’épicondylite touche le versant externe et les muscles extenseurs ; l’épitrochléite, le versant interne et les fléchisseurs. Le tennis n’est responsable que de 5 à 10 % des épicondylites selon l’Assurance Maladie : le nom du sport ne dit donc pas tout. Certains sites emploient aussi à tort « épicondylite médiale » pour désigner l’épitrochléite, d’où des confusions fréquentes.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic repose d’abord sur l’examen clinique : le médecin interroge sur le métier, les sports et le début des symptômes, palpe l’épitrochlée et reproduit la douleur par des manœuvres de flexion et de pronation contre résistance. Il précise aussi si la douleur survient à l’effort, au repos ou la nuit, ce qui aide à distinguer une tendinopathie chronique d’une irritation récente.
L’imagerie vient en complément, en cas de doute ou de suspicion de lésion associée :
- la radiographie recherche une fracture ou de l’arthrose ;
- l’échographie et l’IRM visualisent l’état des tendons ;
- l’électromyogramme explore le nerf ulnaire quand des fourmillements ou une perte de sensibilité s’ajoutent à la douleur.
L’autodiagnostic a ses limites : une douleur qui irradie vers la main ou un gonflement à la pointe du coude changent complètement la piste.
Soulager la douleur et savoir quand consulter
Ce qui aide au quotidien
La première étape consiste à limiter les gestes qui déclenchent la douleur, sans immobiliser complètement : on parle de repos relatif. Adapter son poste de travail, alterner les tâches répétitives et reprendre progressivement l’activité sont plus efficaces qu’un arrêt brutal suivi d’une reprise à pleine charge. Le médecin peut proposer des antalgiques ou des anti-inflammatoires, à utiliser avec les précautions habituelles. La rééducation fait ensuite partie du traitement : massage transverse profond, travail progressif des tendons, parfois ondes de choc extracorporelles. Des infiltrations de corticoïdes ou une injection de PRP (plasma riche en plaquettes) peuvent être discutées selon les cas.
Durée d’évolution et recours à la chirurgie
Il faut se préparer à une évolution souvent longue. Pour l’épicondylite, l’Assurance Maladie annonce une évolution spontanée de 9 à 24 mois, avec une moyenne de 12 mois. Une page spécialisée indique que le traitement non chirurgical guérit plus de 90 % des cas. Un avis chirurgical est évoqué après 6 mois de traitement et de repos sans amélioration, ou en cas de gêne fonctionnelle importante. L’intervention peut comporter un débridement, une ténotomie ou une réparation du tendon, et une libération du nerf ulnaire si celui-ci est en cause. La reprise est ensuite progressive, avec une rééducation débutée environ 2 semaines après l’opération.
Les signaux qui justifient de ne pas attendre
Consultez rapidement après une chute ou un choc, devant un coude déformé ou impossible à bouger, en cas de gonflement rouge et chaud, de fièvre, de fourmillements persistants ou de perte de force dans la main. Consultez aussi si la douleur dure depuis plusieurs semaines malgré l’adaptation de vos gestes, ou si elle vous réveille la nuit. Un médecin traitant, un rhumatologue, un médecin du sport ou un chirurgien orthopédiste du coude pourra alors préciser l’origine de la douleur et proposer la prise en charge adaptée.
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